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samedi 11 février 2012
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Communiqué

Didier Robert sur le Budget Outre Mer : "Une meilleure prise en compte de nos réalités"

Ville du Tampon - 07/11/2009 11:11:18

Monsieur le Président,
Madame le Ministre,
Mes chers collègues

Nous venons collectivement d'essuyer une tempête difficile dans nos territoires : les outre-mer ont été, à des niveaux variables, le théâtre des expressions de malaises et de malentendus accumulés au fil du temps.
Après les périodes de retenues, d'incubation, de non-dits, 2009 restera pour nous tous l'année des explosions de colère, des manifestations et des barricades, comme cela a pu être le cas en février 1974 en Martinique ou en 1992 à La Réunion.

La crise économique internationale a sans doute été un élément déclencheur supplémentaire. Mais il est évident que la souffrance des Français des outre mer est chaque jour aussi davantage perceptible. Comme il est évident que les politiques menées ont montré leurs limites.
Nous savons tout cela. Nous savons tout cela mais nous tardons à réagir. Je dénonce une fois encore ici la propension à justifier par de savants calculs mathématiques et de subtiles contorsions juridiques, le manque de détermination qui a souvent été le lot commun des attitudes publiques.
Bien sûr, il ne s'agit pas de tout rejeter en bloc parce que c'est vrai aussi qu'il y a eu des actions d'efficacité.
Mais la politique doit être d'abord et avant tout au service de l'Homme, c'est ce que j'entends chaque jour des réunionnais que je rencontre.
Voilà le sens de la nouvelle ambition que nous devons nous donner, pour l'ensemble des outre-mer, pour chacun de nos territoires où les femmes et les hommes de talent, veulent avec nos compatriotes de l'hexagone, participer à la marche en avant de notre société.
Le Budget que vous nous présentez pour 2010 traduit une meilleure prise en compte de nos réalités et un plus fort engagement du Gouvernement.

L'organisation des Etats Généraux à l'initiative du Président de la République, et la tenue ce vendredi du Conseil Interministériel de l'Outre-mer, témoignent là aussi d'une meilleure prise de conscience au service d'une politique partagée.
Aujourd'hui, je fais le constat d'un engagement mieux affirmé, de la définition d'une vraie stratégie de long terme en faveur du développement économique et de l'emploi, de la volonté exprimée pour plus de justice sociale et d'équité.
Je voudrais vous dire mon enthousiasme à vous accompagner dans cette voie, tout en vous demandant de conserver avec nous une vigilance de tous les instants sur les écueils du moment et les vieux démons du passé.
Il s'agit pour nous désormais de fixer ensemble les grands enjeux des outre-mer.
Il s'agit de délimiter ensemble le champ des possibles sur la base de préalables clairement établis.

1) Le premier de ces préalables concerne la question institutionnelle qui doit être, de mon point de vue, définitivement expurgée.
Je ne sais pas ce que diront nos amis des Antilles et de la Guyane sur ce dossier. A la Réunion, ce débat n'est plus d'actualité : la Réunion est terre Française. Le cadre institutionnel de l'article 73 est celui qui convient aux Réunionnais, des adaptations sont toujours possibles, hors du champ de l'assemblée unique dont nous ne voulons pas.

2) Par ailleurs, je milite aussi pour une meilleure cohérence des politiques publiques. Nous devons faire des choix, définir une stratégie et amener tous les acteurs à partager une même vision de l'avenir.
Etat, Région, Département, intercommunalités, communes, acteurs associatifs... nous devrions tous pouvoir construire dans le même sens.

Cela n'est pas le cas aujourd'hui à La Réunion. Nous assistons à une véritable politique de casse sociale portée par le Département avec une gestion désastreuse des structures comme l'ADI , l'ARAST avec plus de 8 000 personnes âgées directement concernées et inquiètes ou encore la Maison du Handicap ; une politique d'investissement portée par la Région très éloignée de nos priorités, de nos capacités financières réelles, de la nécessité pourtant évidente d'une politique d'aménagement équilibrée entre toutes les micro régions.

3) Cette attitude partisane et à bien des égards irresponsable est globalement vraie dans bon nombre de domaines. Le manque de cohérence dans les politiques d'éducation et de formation est aussi une réalité.

Pourtant, l'école de la République reste le vrai préalable de notre réussite. Le Président de la République dans sa lettre de mission du 5 juillet 2007 au Ministre de l'Education nationale s'exprimait sur le sujet. « Nos compatriotes sont très attachés à l'école gratuite, laïque et républicaine. Ils savent que, pour des générations entières, elle a été le moteur du progrès social et le pilier de l'égalité des chances. Et c'est à juste titre que l'école est au coeur du pacte républicain. »
La Réunion comptait au 1er janvier 2008, 810 000 habitants, avec la perspective d'un million d'habitants au total à l'horizon 2025. Aujourd'hui déjà, un réunionnais sur trois a moins de vingt ans. Ces seuls éléments montrent toute l'importance des enjeux.
Construire des écoles nouvelles, des collèges, des lycées, des centres de formation professionnelle, accueillir des enseignants supplémentaires, du personnel administratif et technique de qualité... vous sentez bien, Madame la Ministre, que nous ne pouvons nous satisfaire de la logique d'une politique de restriction, sinon à accepter de reléguer au second rang la question de l'éducation.
Pour ma part je plaide pour que l'Ecole, de la Maternelle à l'Université, ainsi que tout le volet de la formation professionnelle, soit érigée en priorité numéro 1 à la Réunion et pourquoi pas sur l'ensemble des autres territoires.
De ce point de vue, je continue à penser à titre d'exemple que la création à la Réunion d'une grande faculté de Médecine ouverte sur notre environnement régional est une priorité.
Soyez, Madame la Ministre, notre ambassadrice sur la question de l'école, parce qu'il n'y aura pas de développement économique réussi sans une élévation et une généralisation du niveau de formation, sans une plus grande écoute aussi du monde de l'entreprise.
Cohérence institutionnelle, cohérence des politiques publiques, l'éducation comme moteur de nos engagements, voilà les fondamentaux à retenir pour une politique de l'excellence outre-mer.

En définitive, ce que nous voulons c'est mieux asseoir pour les outre-mer la dimension d'un développement durable qui réconcilie l'homme et son environnement. Nous devons pour cela nous autoriser toutes les audaces.

1) Il faut d'abord que les uns et les autres acceptent de considérer qu'il n'y a aucun antagonisme dans le fait d'être Créole, Français, Européen mais qu'il y a bien là la même fierté d'être tout cela à la fois. C'est ce qui fait toute notre force et toute notre originalité, c'est ce qui fait de nous les premiers acteurs du monde de demain, celui métis, partagé, porteur de tolérance et d'acceptation des différences.
Notre culture est vivante, elle doit se vivre au quotidien et ne pas être enfermée entre des murs austères et figés.
Aidez-nous, Madame la Ministre, à accompagner nos musiciens, peintres, sculpteurs, hommes et femmes de lettres à s'exprimer librement.
Aidez-nous à créer davantage de passerelles pour leur permettre de partager avec nos compatriotes de l'hexagone.

2) Il faut ensuite poursuivre les efforts engagés pour le respect, pour la promotion de notre patrimoine et de notre environnement naturels. Nous pouvons là encore être force d'exemple : Nous comptons sur votre détermination, au moment des arbitrages définitifs en 2010 au Brésil pour le classement de La Réunion au patrimoine mondial de l'UNESCO.

3) Il faut reconsidérer enfin notre politique économique, et vous vous y êtes engagée. Une politique construite à partir de nos atouts, sur la base d'un véritable développement endogène autour du tourisme, des nouvelles technologies, des filières de l'agro nutrition, ou du programme GERRI. La politique des grands chantiers que nous voulons est celle qui sert la réussite de ces grands secteurs d'activité. Vous l'avez compris, je fais partie de ceux qui croient au succès de la loi pour le développement économique des outre-mer. Le texte a été voté, nous sommes dans l'attente des décrets d'application.

Avec les outre-mer la France est partout présente. Dans le Pacifique, au centre de l'arc antillais, sur les terres d'Amérique du Sud, à l'embouchure du Saint-Laurent, au coeur de l'Océan Indien, nous devons partout prendre toute notre place.
Je milite pour ma part pour une grande région Française de l'Océan Indien regroupant La Réunion, Mayotte, les Terres Australes et Antarctiques Françaises, les iles Eparses. Une grande région au service de nos économies, pour la conquête de nouveaux marchés, pour mieux accompagner la créativité et le développement de nos entreprises.

Enfin, Les Réunionnais, comme tous ceux des outre-mer, attendent beaucoup du dispositif de continuité territoriale.
Il s'agit de ne pas les décevoir. Il s'agit de permettre au plus grand nombre de se déplacer entre nos territoires et la métropole à des tarifs acceptables avec des opérateurs qui portent véritablement ce programme.

J'aurais aimé Madame la Ministre, que sur ce point précis vous puissiez nous confirmer les orientations de votre ministère.
Comme j'aurais aimé aussi vous entendre sur la proposition de loi que je déposerai sur le bureau de l'assemblée nationale dans les jours prochains, une proposition de loi visant à améliorer le système des mutations des fonctionnaires de l'Etat. L'idée est d'accorder un véritable avantage lié à l'origine géographique des fonctionnaires. C'est un dispositif qui trouverait sa juste application dans les outre-mer mais aussi sur l'ensemble du territoire métropolitain. La situation actuelle est vécue comme injuste à bien des égards. Accepter le principe d'une plus forte régionalisation des mutations comme des recrutements irait également dans le sens d'une plus grande efficacité des missions de service public.

Je voudrais pour conclure, vous assurer de mon engagement à vos côtés à chaque fois qu'il s'agira de défendre les intérêts des Réunionnais et au-delà de toute la famille des outre-mer. Je voudrais partager également avec vous l'idée selon laquelle comme l'a si justement écrit Saint Exupéry : « Pour ce qui est de l'avenir, il ne s'agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible. »
Je crois en effet que nous sommes à une croisée des chemins. Je crois que nous sommes face à nos responsabilités pour un nouveau choix de société. Au sein de la République, nous voulons être écoutés. Nous voulons être acteurs, animés par la passion de faire reculer la misère, les injustices, les inégalités. Nous voulons être acteurs pour le triomphe du savoir, de la réussite et de l'épanouissement de chaque homme et de chaque femme. La France sera toujours une terre d'exception et de progrès si elle sait respecter ses diversités.
Notre vraie richesse est la force de ce que nous sommes et non pas de ce que nous avons.
Je vous remercie.


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