Les mystérieuses arches de la Vilaine
Ville de Rennes
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12/07/2011 12:04:52
Nous débutons cette promenade estivale sur le pont Pasteur, celui-là même qui enjambe la Vilaine en direction de l'avenue Jean Janvier et de la gare. Ici, la rivière est canalisée, encadrée par de hautes berges en pierres sur lesquelles ont été établis les quais de Rennes.
Ce qui nous intéresse ici se trouve sous le quai Richemont : dans la berge, deux grandes ouvertures en forme d'arche, profondes, débouchent sur la Vilaine, au niveau de la surface de l'eau. Quelle pouvait en être la fonction ? C'est Joël David, chargé d'odonymie à Rennes Métropole qui nous accompagne ; spécialiste du noms des rues de la ville, il est de surcroît un grand connaisseur de l'histoire locale.
Où il est question de l'incendie de 1720
Début du XVIIIe siècle. Avant la destruction du nord de Rennes par le feu, la Vilaine traverse la ville à travers les méandres de son lit naturel. À l'endroit précis où nous nous trouvons, à l'emplacement du pont Pasteur, commence la ville fortifiée: au sud, le mur d'enceinte longe la future avenue Jean Janvier, le boulevard de la Liberté, et remonte le long de la place de Bretagne. À l'extérieur coule dans les douves de cette enceinte un bras artificiel de la Vilaine: il prend naissance précisément là où plus tard, les deux arches qui nous intéressent seront construites.
« Après l'incendie de Rennes, dans son projet de réaménagement, il est envisagé de canaliser la Vilaine à l'intérieur de la ville fortifiée, intervient Joël David. Ces travaux de canalisation ont lieu entre 1836 et 1846 et voient la création de différents quais dont celui de Richemont. Pour éviter que ce quai ne coupe l'arrivée d'eau dans la douve au sud de la ville, deux arches sous ce dernier y laissent passer un peu de la Vilaine. » Sur le plan d'époque, on peut voir un petit îlot au tout début de la douve, quasiment au niveau de la Vilaine: l'eau se divisait ici en deux cours, sur chacun desquels ont sans doute été construits les deux arches.
Une utilisation détournée
Mais les travaux auront été de courte durée: entre 1850 et 1860, les douves sont comblés, les remparts détruits. Les premiers immeubles du quai Richemont sont élevés en 1863. Cependant, leurs sous-sols communiquent avec les anciennes arches, devenues galeries sèches. Leur sol, surélevés pour se situer désormais juste au dessus du niveau de l'eau, va servir aux lavandières pour laver leur linge dans la Vilaine. « Il faut imaginer au même endroit, sur la Vilaine, de nombreux bateaux-lavoirs, eux aussi destinés à la lessive. Les lavandières comme les bateaux-lavoirs ont subsisté jusqu'au début du XXe siècle. »
Comme beaucoup de constructions rennaises, les deux arches sont en schiste rouge de Pont-Réan, altérées par les fréquentes montées des eaux, et lézardés à certains endroits de fissures, conséquence certaine de la destruction du Pont Pasteur durant l'été 1944 par les troupes allemandes lors de leur départ précipité. À noter que dans l'immeuble au-dessus de l'arche de gauche, au rez-de-chaussé du numéro 6, à vécu Louis-Ferdinand Céline entre 1918 et 1924 : c'est à Rennes que l'écrivain à passé son bac, fait ses études de médecine, s'est marié et eu son seul enfant.