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mardi 22 mai 2012
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Communiqué

Redécouvrir le fleuve Rhône

Agence de l'Eau Rhône-Méditerranée-Corse - 03/02/2012 08:30:00

L'Agence de l'eau Rhône-Méditerranée et Corse a organisé ce jour à Lyon sa première journée sur les connaissances sur le fleuve Rhône". Elle a rassemblé 200 représentants des collectivités riveraines, industriels, agriculteurs, gestionnaires de milieux aquatiques, services de l'Etat, associations de protection de l'environnement et d'usagers.

L'objectif était de dresser l'état de santé du fleuve, d'échanger sur les résultats concernant la dynamique sédimentaire, sur les effets de la restauration hydraulique et écologique sur les milieux, ou encore sur des sujets émergents comme la thermie du fleuve et les enjeux de gestion quantitative.

Le Rhône recèle quelques joyaux écologiques méconnus. 20 tronçons sont classés Natura 2000, de l'amont jusqu'en Camargue. Il bénéficie aussi d'un programme majeur de conservation et de restauration dans le cadre du Plan Rhône. Les premiers travaux ont été réalisés à Pierre-Bénite (69) en 2000, et sur le Haut-Rhône (Chautagne, Belley et Brégnier Cordon) entre 2003 et 2006. Ils ont remis en eau ou augmenté les débits dans une trentaine de lônes (bras morts) afin de redonner au fleuve son caractère vif et courant. Jean-Michel Olivier, scientifique au CNRS, a annoncé des premiers résultats du suivi scientifiques très positifs : le taux de poissons d'eau courante est passé de 15 à 70%. D'autres travaux de restauration ont démarré sur les tronçons court-circuités de Péage de Roussillon (07-26-38-42) et de Montélimar (07-26) et d'autres encore sont programmés sur les secteurs de Miribel-Jonage (69) et de Donzère Mondragon (84). Au total 50 Meuros auront été investis en 2012 et 2013 pour la restauration des vieux-Rhône. La maîtrise d'ouvrage a été réalisée par la CNR, aidée par des financements de l'Agence de l'eau.

Le Rhône se rouvre aux grands migrateurs (anguille, alose, lamproie). En 2015, ils pourront remonter le fleuve sur 180 kms. 40 Meuros de travaux de passes à poissons ou d'aménagement d'écluses sont prévus dans le Plan Rhône avec l'appui de la CNR, principal maître d'ouvrage.

Un travail commence sur les sédiments du Rhône. Herve Piégay, directeur de recherche au CNRS, a évoqué un projet de remobilisation de sédiments bloqués depuis le 19ème siècle sur les berges du Rhône afin de permettre la recréation de milieux riches en biodiversité. L'hypothèque liée aux micropolluants potentiellement stockés dans ces berges devra au préalable être levée.

Le Rhône n'est pas inépuisable, contrairement à une idée reçue. Premier fleuve français par son débit, le Rhône a connu en mai dernier son étiage le plus sévère depuis 1920. En 2011, la production hydroélectrique de ses 20 barrages s'est inscrite 40% au-dessous de la moyenne. Le GIEC annonce 25 à 50% de réduction des débits du Rhône entre mai et octobre à l'horizon 2050.
Alain Poirel, expert chez EDF, a montré qu'en 30 ans les eaux du Rhône se sont déjà réchauffées de 2°C à son embouchure en été. En cause, le changement climatique et le refroidissement des centrales nucléaires, pour 0,5 à 1°C. La capacité de refroidissement par le Rhône s'en trouve limitée et certaines centrales nucléaires ont dû baisser leur production lors des pointes de chaleur de l'été 2003, 2006 ou de mai 2011.

L'Agence de l'eau a mis en chantier en décembre dernier, au comité de bassin, un plan de bassin d'adaptation au changement climatique, prévu pour décembre 2012. Elle vient de décider de lancer dans ce cadre une étude afin d'estimer finement les débits minimum du Rhône nécessaires à satisfaire les usages sur le Rhône (prélèvements, refroidissements, maintien d'un niveau suffisant pour la vie des milieux aquatiques).

Au total, la qualité des eaux du Rhône est en reconquête active. La pollution organique (rejets domestiques) est désormais maîtrisée sur le fleuve, la concentration en ammonium à l'aval de Lyon a diminué de moitié au cours des 20 dernières années, grâce aux investissements réalisés dans les stations d'épuration.

En revanche, les micropolluants toxiques (métaux lourds, pesticides, HAP, PCB...) restent bien présents, et leur nombre va croissant de l'amont vers l'aval. Seule la zone médiane (Ardèche, Drôme) bénéficie d'une dilution efficace par les eaux de bonne qualité des affluents. A l'embouchure, les eaux du Rhône restent plus chargées mais moins concentrées en polluants que celles de la Seine. La lutte contre les toxiques devra s'intensifier ces prochaines années, notamment grâce à l'opération de « recherche des substances dangereuses pour l'environnement » pilotée par l'Etat.

L'Agence de l'eau a présenté une étude de 2011 qui identifie 44 zones stratégiques sur la nappe alluviale du Rhône pour la production d'eau potable. L'eau de ces zones est de très bonne qualité et sera indispensable pour répondre à l'augmentation des besoins en eau potable, estimés à 20% pour les 25 années à venir. Elle a écrit aux collectivités riveraines pour les inviter à les inscrire dans les documents d'urbanisme (PLU, SCOT,...) et éviter d'y implanter des activités potentiellement polluantes (industries, artisanat, agriculture...).

Le Rhône bénéficie désormais de moyens considérables, 2 fois supérieurs au « Plan Loire, Grandeur Nature » pour restaurer ses éléments de valeur à grande échelle (écologie, qualité et quantité des eaux). Le volet « Qualité » du Plan Rhône, piloté par l'Agence de l'eau, représente des investissements de 134 Meuros sur 7 ans. 10 Meuros ont été consacrés depuis 2007 aux travaux scientifiques sur le Rhône. Un consortium de chercheurs s'est créé sous le nom de Zone atelier du bassin du Rhône.