News Press + AFP
jeudi 9 septembre 2010
NewsPress et vous
Edito du vendredi 15 janvier 2010
édito du 15 janvier 2009
L’alliance contre-nature entre « La Carpe et le Lapin »…
jusqu’à quand ?
  
 

Le président de la République étant impopulaire –autour de 30% de satisfaits selon les sondages, mais Jacques Chirac à l’Elysée a connu pire en 2006–, l’opposition étant encore en 2010 à la recherche d’un projet et d’un leader, la presse et l’édition politique passe le temps en répertoriant  les rivaux potentiels de Nicolas Sarkozy en 2012.
Dominique de Villepin, l’adversaire déclaré  sera fixé sur son sort judiciaire, le 24 janvier dans l’affaire Clearstream. Il faut donc attendre.
Coup sur coup donc – c’est le cas de le dire – deux  livres paraissent sur les ambitions des uns et des autres.  Après la riche et talentueuse enquête sur le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Jean-François Copé, présenté comme « celui qui veut la place de Sarkozy » (1) voici une autre rivalité qui apparaît à travers un ouvrage « la Carpe et le Lapin » (2).

Le Premier ministre effacé revient sur le devant de la scène  

Le cas de figure peut paraître tout à fait inattendu car, le Premier ministre actuel, François Fillon ayant  théorisé lui-même la disparition de sa propre fonction s’est effacé  totalement durant la première moitié du quinquennat derrière Nicolas Sarkozy, Dans un premier temps cet effacement qui correspond de plus à son tempérament n’a pas facilité la tâche de l’hôte discret de Matignon face à un chef de l’Etat qui fait tout et s’occupe de tout.

Si l’on en croit l’enquête réalisée par Alix Bouilhaguet, François Fillon, fils spirituel de Philippe Séguin, est quasiment le contraire psychologique du chef de l’Etat : l’un est introverti et l’autre extraverti, l’un  est attaché au gaullisme social,  l’autre est un libéral convaincu etc.  au point même que le Premier ministre a éprouvé déjà à  plusieurs reprises  la tentation de rendre son tablier de premier ministre. La plus grande « gifle » reçue étant celle qui lui fût infligé par Nicolas Sarkozy parlant à son encontre de « collaborateur »….Mais François Fillon partisan du régime présidentiel à l’américaine avala la couleuvre et fit le dos rond.  

De fait, tout l’édifice institutionnel de la Ve République gaullienne – un président de la République au dessus de la mêlée, un chef de gouvernement gérant  la majorité plurielle -  est en train de voler en éclats.

Alors que jusqu’à présent, à droite comme à gauche, le premier ministre servait de fusible au chef de l’Etat, la pratique volontariste du pouvoir par Nicolas Sarkozy  inverse cette pratique. Et c’est le premier ministre, toujours en retrait et bien au chaud à Matignon, qui bénéfice maintenant d’un regain de popularité relatif alors que  l’ «  hyper-président » déçoit.
 

Une  rivalité de « territoire » avec Copé au sein de la majorité

Autre grand changement : alors que la majorité depuis le début de la V ème République était composite avec les apports successifs  des gaullistes, libéraux, centristes, radicaux, le parti du président est aujourd’hui unique : c’est l’Union pour un Mouvement Populaire (UMP), entièrement dévoué au chef de l’Etat. Symboliquement,  Nicolas Sarkozy, président de la République n’hésite d’ailleurs pas à venir assister  à certaines de ses réunions ou manifestations.

Le premier ministre est ainsi pratiquement privé d’influence  réelle sur la majorité présidentielle.  Il est pris entre deux « hommes forts »et rivaux déclarés : le secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand et Jean-François Copé, le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, partisan de la « coproduction législative ». Longtemps en retrait, François Fillon  a réussi toutefois dernièrement sur l’affaire de la burqua à « pacifier » les relations tendues entre le patron de l’UMP qui voulait une simple « résolution » sur le sujet et l’autre « une loi ».  Il y aura les deux …étalées dans le temps.

François Fillon n’a pas d’atomes crochus avec Jean-François Copé. « Les deux hommes, ne se considèrent pas comme des rivaux mais ils ont parfois du mal à délimiter leur territoire. Pour Fillon, le patron de la majorité, c’est le Premier ministre. Pour Copé, c’est lui ! Historiquement entre eux, les relations n’ont jamais été excellentes » indique  l’auteur de   « La Carpe et le Lapin ».  De fait, François Fillon n’apprécie pas plus chez Jean-François Copé que chez Nicolas Sarkozy, leur  côté « très rentre dedans » et de plus, en ce qui concerne, Jean-François Copé, le premier ministre  trouve « tout simplement surréaliste » la volonté affichée du président du groupe UMP d’être dès à présent candidat à l’Elysée  … pour 2017 !

L’héritier de Séguin" et d’une certaine idée de la politique

C’est finalement le décès inattendu de Philippe Séguin qui vient conforter la position du premier ministre dans l’opinion publique. La sincérité de la peine ressentie par François Fillon après la perte de son mentor, dernière grande figure du gaullisme social.  L’hommage unanime rendu par  la Nation à un homme qui se faisait une haute idée de la politique et avait mis au dessus de tout, le service de la République a permis à François Fillon de rappeler avec force et conviction dans son discours devant l’Assemblée nationale que « la France oblige au courage et à l’action, au rassemblement national lorsque l’essentiel est en jeu ».

Or, les circonstances présentes – les conséquences de la crise économique, les décisions essentielles à prendre sur l’avenir de nos retraites,  l’impératif absolu de combler les déficits publics abyssaux – donnent du poids à la démarche prudente et raisonnable du premier ministre.   N’est-ce pas lui qui le premier avait mis en garde contre le risque d’une France « en faillite » ?

Bref, même si la journaliste de France 2, auteure de « La Carpe et le Lapin » a déclenché une polémique en  révélant que le Premier ministre lui avait confié en août 2009 qu’il resterait vraisemblablement  à Matignon jusqu’en 2011 (« pas très longtemps avant la présidentielle de 2012 » ce qu’a démenti formellement l’intéressé qui « ne veut pas prédire l’avenir »),   il est probable que cela sera bien le cas. François Fillon devrait rester à Matignon – sauf désastre politique majeur aux régionales – au moins jusqu’au vote de la réforme sur les retraites, point d’orgue de l’année 2010, un  dossier piégé qu’il connait parfaitement.   

Pour le reste, le premier ministre affirme que les journalistes lui prêtent « des intentions qui ne lui ont jamais traversé l’esprit ».  Qui croira celui qui, selon les confidences que nous avait faites, Brice Hortefeux, il y a quelques années déjà, est un homme politique qui « trompe son monde », car  ajoutait en confidence, ce proche du chef de l’Etat, «sous ses airs de boy scout .. ; c’est un dur à cuire !». Bref, les journalistes n’ont pas fini de parler de François Fillon.

(1)   Horizons Politiques a déjà rendu compte de ce livre

(2)   « La Carpe et le Lapin » par Alix Bouilhaguet, Editions du Moment, 203 pages, 17,95 €


 
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Le directeur de la Lettre Horizons politiques