Entreprises françaises en Russie : les risques possible

Coup dur pour les énergéticiens français opérant en mer Arctique russe. Les boutiques de luxe italiennes près de la Place Rouge, ou les usines automobiles allemandes dans le sud de la Russie. Alors que les États-Unis et l’Union européenne appliquent des sanctions pour pénaliser la Russie pour son invasion de l’Ukraine, les entreprises européennes se préparent à la possibilité d’être elles aussi impactées.

Empêcher le gouvernement et les banques d’emprunter sur les marchés financiers mondiaux, bloquer les importations de technologies, geler les avoirs des Russes influents…. Des sanctions élaborées pour pénaliser au maximum l’économie russe tout en infligeant le moins de dommages possible au sein de l’Union européenne, a déclaré vendredi le ministre français des Finances, Bruno Le Maire.

Mais des milliers d’entreprises étrangères qui font des affaires en Russie depuis des années se préparent à un retour économique inévitable. Et la guerre en Ukraine menace de perturber les chaînes d’approvisionnement et de faire chuter l’économie européenne. Au moment même où celle-ci commençait à se remettre de la Covid.

 

Un tournant en Europe

« L’attaque contre l’Ukraine représente un tournant en Europe », a déclaré cette semaine Christian Bruch, directeur général de Siemens Energy, un important producteur de turbines et de générateurs basé en Allemagne. « En tant qu’entreprise, nous devons maintenant analyser exactement ce que cette situation signifie.»

L’Union européenne est le plus grand partenaire commercial de la Russie. Environ 70 % des exportations de gaz russe et la moitié des exportations de pétrole sont destinées à l’Europe.

Et tandis que les ventes à la Russie ne représentent qu’environ 5 % du commerce total de l’Europe avec le monde, elle a été pendant des décennies une destination clé pour les entreprises européennes dans un large éventail d’industries. Y compris la finance, l’agriculture et l’alimentation, l’énergie, l’automobile, l’aérospatiale et les produits de luxe. .

Certaines entreprises européennes entretiennent des liens commerciaux avec la Russie depuis des siècles. La Deutsche Bank et Siemens y font notamment des affaires depuis la fin du XIXe siècle. Pendant la guerre froide, ces liens économiques furent considérés comme un moyen de maintenir des relations à travers le rideau de fer.

 

Des intérêts économiques

Après la chute de l’Union soviétique, les entreprises occidentales sont venues en Russie pour différentes raisons. Que ce soit pour vendre des Renault ou des Volkswagen à la classe moyenne urbaine croissante du pays. Répondre aux besoins d’un groupe croissant d’élites riches à la recherche du luxe italien et français. Ou vendre des tracteurs allemands à des agriculteurs russes ou acquérir du titane russe pour les avions.

Alors que certaines multinationales, telles que la Deutsche Bank, ont réduit leurs relations avec la Russie après son annexion de la Crimée lors d’une opération militaire en 2014, d’autres ont travaillé assidûment pour accroître leur part de marché ces dernières années. Alors même que le président Vladimir Poutine se préparait déjà à envahir le pays voisin, l’Ukraine.

Le mois dernier, 20 des plus hauts dirigeants italiens ont organisé un appel vidéo avec Poutine pour parler de renforcement des liens économiques, tandis que les troupes russes se massaient autour de la frontière ukrainienne.

 

Une répression insuffisante ?

Entre intérêts économiques de l’Europe et sanctions pour avoir attaqué l’Ukraine, difficile de trouver l’équilibre. Avec d’énormes actifs économiques en jeu, beaucoup estiment déjà que les sanctions ne sont pas à la hauteur de la répression économique radicale exigée par certains partisans de l’Ukraine.

L’Italie, au cours de négociations frénétiques, a ainsi cherché à faire exclure ses biens de toute forme de sanction. Tout en plaidant pour des sanctions plus strictes, omettant cependant toute répression majeures contre les banques russes. Un peu comme l’Autriche, dont Raiffeisen Bank International possède des centaines de succursales en Russie.

Plus notable est l’omission de sanctions qui nuiraient aux importations énergétiques russes en Europe, dans laquelle bien des sociétés énergétiques influentes de Paris à Berlin détiennent des intérêts majeurs.

Pour la seule France, 35 des 40 plus grandes entreprises françaises cotées en bourse ont d’importants investissements russes. Des supermarchés Auchan au géant français de l’énergie TotalEnergies. Toutes les 40 sociétés cotées à l’indice DAX de Francfort, à l’exception de deux, ont également des investissements en Russie.

Environ 700 filiales françaises opèrent en Russie dans une variété d’industries employant plus de 200 000 travailleurs, selon le ministère français des Finances. Alors que M. Le Maire a promis que l’impact des sanctions sur l’économie française serait minime, le coup porté à certaines entreprises françaises est encore loin d’être clair.

 

Parmi les plus exposés figure le constructeur automobile français Renault, qui possède deux usines en Russie. Le pays est le deuxième marché de Renault après la France.

Volkswagen pourrait également être touché par des sanctions contre la Russie où depuis 2009, il possède une usine employant environ 4 000 personnes. Mercedes-Benz a une usine en dehors de Moscou, tandis que BMW travaille avec un partenaire local. 

 

Et puis, il y a les banques

La banque autrichienne Raiffeisen, l’italien UniCredit et la Société générale française font partie des banques qui entretiennent des liens substantiels avec la Russie. Les banques italiennes et françaises avaient des créances en cours d’environ 25 milliards de dollars en Russie à la fin de l’année dernière.

La France, l’Italie et l’Allemagne ce sont d’abord montrées réticentes à l’idée de couper la Russie du système de paiement mondial SWIFT. Difficile en effet pour les créanciers européens de recevoir de l’argent provenant de sources russes. Ou de payer le gaz russe, dont ces pays dépendent en particulier dans la crise énergétique actuelle de l’Europe.

Malgré les efforts déployés, les responsables européens reconnaissent que la situation empirerait probablement avant de s’améliorer.

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