Le boom de la French Tech

Façon Steve Jobs, Emmanuel Macron avait enfilé un col roulé noir en janvier et encouragé sur Twitter la création en France de 25 licornes, ces entreprises dont la valeur boursière dépasse le milliard d’euros. Une économie en plein essor côté French Tech notamment, qui renforcerait notre souveraineté. Et contribuerait à créer des emplois.

 

Une scission en France ?

Ce boom a constitué une promesse phare pour le jeune président qui parlait alors d’ouvrir l’économie et de la rendre plus compétitive. Et dans une certaine mesure, Macron a réussi. Les investissements étrangers se chiffrent en milliards d’euros. Et des centaines de milliers de nouveaux emplois ont été créés. Essentiellement au sein des start-ups technologiques.

Un vrai tour de force dans un pays trop souvent frileux face au changement. Ce qui n’a pas empêché bon nombre de Français de se sentir laissés pour compte ou ignorés.

L’élection de dimanche dernier a alors vu l’affrontement de deux camps bien distincts. D’un côté, une France majoritairement urbaine, pour qui le changement aiderait à répondre aux grands défis technologiques et économiques de notre époque. Et une France de la « périphérie », méfiante vis-à-vis de l’innovation, luttant pour s’en sortir. Pleine de ressentiment envers un dirigeant perçu comme incarnant l’arrogance des privilégiés.

Dans de nombreuses sociétés occidentales, la diffusion simultanée de la technologie et des inégalités a posé des problèmes aigus, attisant des tensions sociales. Et la France n’a pas fait exception. 

Inquiet d’avoir perdu la gauche en favorisant l’entrepreneuriat des start-ups et les réformes du marché, Macron l’assure : la «fraternité» est le mot le plus important de la devise nationale. Et la «solidarité» ainsi que «l’égalité des chances» seraient les thèmes centraux d’un éventuel second mandat.

 

En faveur de Macron toutefois, le rebond relativement rapide du pays après les fermetures liées au coronavirus. Certaines croissances atteignent les 7%, malgré la récession dévastatrice provoquée par la pandémie.

C’est d’ailleurs dans le domaine de la French Tech qu’est intervenue la transformation culturelle la plus importante. La détermination de Macron à créer une culture start-up centrée sur les nouvelles technologies a apporté des changements que le gouvernement considère comme essentiels pour l’avenir de la France.

Et s’il y a cinq ans, cela pouvait sembler chimérique, quelque chose a changé.

Il faut se remettre dans la course technologique internationale.

estime Cédric O, secrétaire d’État au numérique.

 

A cette fin, Macron a ouvert Station F, un projet d’incubateur de start-ups gigantesque à Paris. Et a affecté près de 10 milliards d’euros de crédits d’impôt pour attirer la recherche et les entreprises d’intelligence artificielle. Une nouvelle banque a été créée pour aider à financer les start-ups.

 

La France, première destination des investissements étrangers en Europe

Plus de 70 projets d’investissement d’une valeur de 12 milliards d’euros ont été promis par des multinationales étrangères lors des rassemblements organisés à Versailles par Emmanuel Macron. Au cours des quatre dernières années, IBM, SAP Allemagne et DeepMind, société d’apprentissage automatique basée à Londres, ont augmenté leurs investissements en France et créé des milliers d’emplois.

Facebook et Google ont également renforcé leur présence française et leurs équipes d’intelligence artificielle à Paris. Salesforce, la société américaine de cloud computing, va de l’avant avec plus de 2 milliards d’euros d’investissements promis.

Avec Macron, la France s’est soudainement ouverte au monde des bailleurs de fonds,

souligne Thomas Clozel, médecin de formation et fondateur en 2016 de Owkin, une start-up axée sur l’Intelligence Artificielle pour personnaliser et améliorer les traitements médicaux. « Il a simplifié le parcours des entrepreneurs, et a changé la vision de la France comme société anticapitaliste. »

Parmi les start-up de la French Tech qui ont récemment eu un impact significatif sur la vie des Français, citons Doctolib et Backmarket, récemment estimé à 5,7 milliards de dollars. Des entreprises lancées avant que Macron ne prenne ses fonctions. Mais qui ont connu une croissance exponentielle au cours de ces cinq dernières années.

J’ai réalisé 56 investissements au cours des deux dernières années. Dont 53 en France,

raconte Jonathan Benhamou, entrepreneur français fondateur de PeopleDoc, qui simplifie l’accès à l’information pour les services des ressources humaines. 

Finie la fuite des ingénieurs de talent vers l’international. Désormais, il y a un « écosystème » pour eux en France.

Une ouverture de l’économie jugée compatible avec le maintien des protections pour les travailleurs français. 

 

Nous savons que nous devons aller plus loin,

estime le ministre du Commerce extérieur. « Les formalités administratives doivent être réduites. Mais nous sommes également convaincus que nous maintiendrons un système différent de celui des États-Unis. C’est notre culture et notre histoire. Et en fin de compte, nous pensons que cela pourrait être bénéfique pour attirer des talents du monde entier. »

Avant l’élection de Macron, le chômage oscillait autour de 10 %. La croissance était anémique et l’impôt sur la fortune, entre autres mesures fiscales, avait dissuadé les investissements étrangers. La France était largement perçue comme une nation anti-entrepreneuriat.

Macron a depuis réduit le taux d’imposition des sociétés en France de 33% à 25%. Et a introduit un impôt forfaitaire de 30% sur les plus-values. Il a simplifié le labyrinthique code du travail, facilitant l’embauche et le licenciement. Son gouvernement a canalisé des milliards de dollars dans des programmes de reconversion et a rendu plus difficile le maintien des allocations de chômage.

Des politiques qui ont stimulé l’économie tout en générant beaucoup d’hostilité dans une France encore profondément attachée à son système de solidarité sociale. La colère et l’aliénation qui ont déclenché le mouvement Gilets Jaunes en 2018 se cachent encore, juste sous la surface.

La proposition de Macron de repousser l’âge de départ à la retraite de 62 à 65 ans, rejetée par Marine Le Pen, a été accueillie avec une indignation généralisée.

Et pour cause. Alors que les entrepreneurs créent de nouvelles entreprises plus rapidement que jamais, de nombreux emplois restent précaires. Un certain nombre d’industries françaises restent en difficulté, malgré les promesses précédemment faites par Macron. Et c’est là que Macron est vulnérable.

L’augmentation brutale du coût de la vie, due en partie à la guerre en Ukraine, est rapidement devenue l’un des enjeux majeurs auxquels sont confrontés les candidats. Et les Français n’ont pas manqué de constater l’intérêt accru du président pour la diplomatie internationale, alors que les élections approchaient. Et que d’autres questions divisaient le pays.

Interrogé sur la façon dont il était possible de survivre avec la subvention gouvernementale minimale, Macron assure : « Je n’ai jamais pensé que donner un chèque aux personnes en détresse était le moyen de résoudre leurs problèmes. Au contraire, l’essentiel est de trouver des moyens de les aider à réintégrer le marché du travail. »

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