L’hiver arrive : Quelles perspectives pour l’approvisionnement en gaz ?

Les inquiétudes concernant l’arrêt des approvisionnements en gaz naturel par la Russie ont déjà un impact profond sur les prix de l’énergie en Europe. Le taux, à terme, a été multiplié par neuf depuis le printemps dernier. Ce qui, à son tour, impacte les perspectives de production industrielle. Et alimente les craintes de récession, qui se répercutent sur les marchés des actions et sur la dette.

 

Quelle place pour le gaz naturel ?

Le gaz naturel est utilisé pour chauffer environ la moitié des foyers européens, et alimente une grande partie de l’industrie. Malgré des investissements considérables dans les énergies renouvelables, celles-ci représentent encore moins de 20 % du mix énergétique en Europe. Autrement dit, la dépendance au gaz naturel pour le chauffage, le refroidissement et l’électricité restera élevée au cours de la prochaine décennie. 

Et la Russie est l’un des plus grands fournisseurs de gaz de l’Europe. Selon le Docteur Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie,

L’Europe devrait être prête au cas où le gaz russe serait complètement coupé. Je pense que les coupes visent à éviter que l’Europe ne remplisse ses stocks. Et à accroître l’influence de la Russie pendant les mois d’hiver.

En octobre 2021 déjà, le Dr Birol avait alerté le monde sur la manipulation par la Russie de l’approvisionnement en gaz de l’Europe. Des paroles prémonitoires.

Les prix du gaz et donc les prix de l’électricité, devraient rester volatils jusqu’en 2023, exacerbés par un certain nombre de facteurs supplémentaires, notamment les pannes d’électricité nucléaire et les conditions de sécheresse dans tout le pays. 

 

Le charbon, vainqueur malheureux ?

Dans cette crise du gaz, l’Allemagne est l’épicentre.

L’Allemagne est récemment entrée en phase 2 de son plan gazier d’urgence en trois étapes, en réaction à la menace de rupture d’approvisionnement de la Russie. Dans cette seconde phase, les services publics peuvent théoriquement rompre les contrats de gaz existants. Et répercuter des prix plus élevés sur les clients afin de réduire la demande, s’ils obtiennent l’autorisation de la Bundesnetzagentur qui réglemente les marchés allemands de l’électricité, du gaz, des télécommunications, de la poste et des chemins de fer.

De manière significative, la phase 2 est une condition préalable à la montée en puissance de l’utilisation des centrales électriques au charbon. La plupart avaient été mises sous cocon, en vue d’une élimination progressive d’ici 2030. Un objectif désormais menacé.

La phase 3 pourrait entraîner un rationnement de l’énergie, des pannes d’électricité… Et envoyer l’Allemagne tout droit vers une récession, ce qui pourrait aussi avoir des conséquences sociales.

Il existe peu de solutions à court terme pour compenser l’arrêt de l’approvisionnement en gaz russe. L’Europe a mis en place des plans pour ajouter plus de 100 milliards de mètres cubes de gaz naturel liquéfié supplémentaire, soit une augmentation de 50 % de la capacité actuelle de GNL. Mais il faudra plusieurs années pour que ceux-ci soient effectifs. La capacité actuelle de regazéification est également concentrée dans des régions comme l’Espagne, qui n’ont pas la capacité d’interconnexion pour atteindre les marchés qui en ont le plus besoin comme l’Allemagne et l’Italie.

 

Des prix du gaz structurellement plus élevés

Compte tenu du contexte difficile pour l’approvisionnement en gaz, attendons-nous à ce que les prix du gaz et de l’énergie restent élevés tout au long de l’hiver. Avec un risque réel de black-out et de rationnement. Les factures de gaz en Allemagne ont déjà doublé et pourraient même quadrupler au cours de l’hiver. Les ménages sont invités à réduire la durée de leurs douches. Et les communes sont incitées à réduire l’éclairage public, la température des piscines ou encore à rationner l’eau chaude des locataires. Les utilisateurs industriels pourraient aussi être confrontés à un rationnement, ce qui pourrait avoir une incidence importante sur la production.

Voulez-vous la climatisation ou la paix?

interroge le Premier ministre italien Mario Draghi, par rapport à l’embargo sur les approvisionnements en gaz russe. Le contexte actuel n’est pas simple pour les investisseurs ESG.

 

Un été incertain

Le niveau d’approvisionnement russe déterminera les niveaux de rationnement nécessaires. Cependant, les hypothèses commencent à évoluer vers des prix plus élevés pendant plusieurs années. Non seulement en raison de l’impact des tensions en Ukraine, mais aussi d’un manque global d’offre par rapport aux niveaux de la demande.

 

Les ambitions de Net Zero passent au second plan

L’impact environnemental pourrait être encore plus profond. L’arrêt potentiel du gaz en provenance de Russie impliquerait des investissements plus importants pour sécuriser le gaz, probablement au détriment des investissements dans les énergies renouvelables. Il est également susceptible d’entraver les progrès récents vers l’objectif climatique européen, les émissions augmentant presque certainement à mesure que le charbon sera rétabli pour répondre aux besoins de base.

L’importance d’une transition « juste », loin des combustibles fossiles, sera une considération clé. Cela devra signifier des politiques et des réglementations qui promeuvent et permettent les efforts de la société civile ou du secteur privé. Mais en étant conscients que les gouvernements ont la responsabilité d’établir un filet de sécurité minimum. Et de renforcer l’adaptabilité sociale pour éviter que les populations ne se retrouvent sans chauffage ni lumière.

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