Vers la constitution par le groupe Bolloré d’un « Walt Disney » à la française ?

D’ici quelques semaines, le groupe Bolloré finira d’avaler ce qui reste du groupe Lagardère. Après de longs mois de combat, le groupe Bolloré fera donc tomber dans son escarcelle, plus exactement, dans celle de Vivendi, qu’il contrôle, le numéro 3 mondial de l’édition qu’est Hachette. Ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes de fond au regard de la doxa européenne de libre concurrence. Mais aussi, en ce qui concerne le nouveau visage qu’est entrain de prendre le groupe Bolloré. 

 

Le groupe Bolloré va-t-il se heurter à la réglementation anti-monopole ?

Assurément, la réponse est oui. Hachette, c’est déjà plus de 30 % de l’édition française, alors si on y ajoute Editis, la branche édition de Vivendi, autant dire que les limites seront largement franchies. Rien d’étonnant donc à ce que le monde de l’édition soit en pleine ébullition. 

Sans qu’il soit possible, à ce jour, de savoir ce que le patron du groupe décidera au final, toujours est-il que trois options s’offrent à lui pour échapper aux accusations, au minimum, d’abus de position dominante. 

 

Vente « par appartements » de Hachette à Editis

Dans cette première option, Editis récupère les meilleurs « morceaux » d’Hachette, et les moins bons sont vendus aux plus offrants.  

 

Vente d’Editis et consolidation d’Hachette

Dans cette deuxième option, Editis est vendue au fond Amber. Ce dernier est dirigé par Joseph Ourghoulian lequel s’est montré un fidèle allié de Vincent Bolloré dans son attaque contre Arnaud Lagardère. 

Mais cette vente n’équivaudrait quand même pas à une totale séparation. En effet, Editis rejoindrait alors le groupe de presse espagnol Prisa dans lequel le fond Amber détient près de 30 % des parts. 

Aux côtés de Vivendi, donc de Bolloré, qui en détient, pas autant certes, mais quand même près de 10 % ! De quoi peser sur les décisions du groupe de presse. Comme on peut s’en douter.

 

Constitution d’un nouveau groupe d’édition mi-Editis, mi-Hachette

Dans ce cas de figure, qui semble avoir la préférence de Vincent Bolloré, un nouveau groupe serait constitué autour des meilleurs éléments de chacun des deux groupes de base.

Reste à savoir qui fera partie des « pépites » et qui fera partie des « rogatons ». Du côté de Vivendi, on serait prêt, semble-t-il, à céder :

  • Le « scolaire ».
  • Le « parascolaire ».
  • Les « dico », autrement dit, Le Robert et le Larousse.
  • Et peut-être aussi les « poches », autrement dit, Pocket et le Livre de Poche.. 

 

Recentrage du groupe Bolloré dans l’édition et les médias

 

Vente de Bolloré Africa Logistics

Au-delà des problèmes, économiques et réglementaires, posés par la reconfiguration de la branche Edition de son pôle Communication, force est de constater que celle-ci s’inscrit dans un vaste mouvement de recomposition.

Celui-ci devrait changer complètement toute la physionomie du groupe Bolloré.

En effet, le groupe est en train de tourner le dos à près de 50 ans de présence en Afrique. Depuis quelques semaines, Bolloré Africa Logistics est à vendre. La mise à prix se situe entre 5 et 6 milliards d’euros. Et, des discussions sont, d’ores et déjà, engagées, de manière privilégiée, avec le croisiériste italien MSC, propriété de la famille Aponte.

Avec laquelle, il est à noter que le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kolher, partage des liens familiaux. D’ailleurs, une information judiciaire pour une autre affaire la concernant le vise pour cette raison.

Vers la création par le groupe Bolloré d’un « groupe Walt Disney » à la française ? 

 Le groupe Bolloré qui pèse 24 milliards d’euros de chiffre d’affaires est très présent dans le secteur de la communication. Avec, notamment, des sociétés « leader » telles que :

  • Cnews.
  • Canal plus.
  • Studio Canal.
  • Gameloft.
  • Ou encore Havas. 

En étoffant son pôle Edition avec le rachat d’Hachette et en récupérant bien plus que sa mise initiale en Afrique, le groupe Bolloré peut désormais ambitionner de jouer un rôle de tout premier plan en Europe dans le secteur des médias et de l’Edition. 

Evidemment, on est encore très loin des 65 milliards de dollars de chiffres d’affaires enregistrés par la firme de Mickey en 2020. Et pour l’instant, le groupe d’origine bretonne n’offre pas toute la panoplie offerte par celle qui se présente comme la première société de divertissement au monde

 

Un groupe marqué par le catholicisme de son fondateur

La présence du catholicisme traditionnel de Vincent Bolloré est discrète. Mais, elle n’en est pas moins bien réelle. Elle est, notamment, visible dans la nature de certaines émissions, en particulier, de CNews. Comme par exemple, la récente retransmission en direct de la messe de Noël, de l’église Saint Georges, à Trappes, dans les Yvelines. 

Il est, en cela, secondé par l’abbé Gabriel Grimaud. Celui-ci joue, en quelque sorte, auprès de lui, le rôle d’un confesseur. En tout cas, d’un conseiller très écouté et lui-même très entouré par des professionnels choisis pour leurs engagements paroissiaux tels que Guillaume Zeller, Hadrien Lecoeur ou Aymeric Pourbaix.

Des choix éditoriaux discrets, mais bien réels

C’est notamment à ce dernier qu’a été confiée la direction de l’hebdomadaire La France Catholique. Lequel a été racheté par Vincent Bolloré en 2018. Sa ligne éditoriale est sans aucune équivoque possible le soutien à une Eglise traditionnaliste un « brin » éloignée de l’Eglise conciliaire, fermement voulue par le pape actuel.

Le Pape François a d’ailleurs rappelé ce qu’il pensait de cette opposition, dans sa lettre apostolique du 16 juillet dernier, publiée sous forme de proprio motu et intitulée « Traditionis custodes« .

A titre personnel, Vincent Bolloré avoue avoir la « foi du charbonnier », contre laquelle les penseurs de Vatican I et Vatican II, tels que le père dominicain Yves Congar, ont lutté avec ardeur. 

Une pratique personnelle du catholicisme rappelant celle de la France rurale du XIX siècle

Vincent Bolloré ne se contente pas d’avoir des convictions religieuses traditionnelles, à titre personnel, il les met vraiment en pratique.

Choeur de Notre-Dame de Kervédot

En témoigne, par exemple et entre autres, sa prière à Notre-Dame de Kervédot, prononcée en 2017, pour les 195 ans de son groupe : 

Nous te prenons pour protectrice spéciale et te consacrons particulièrement nos personnes, notre groupe et nos biens matériels. 

Reste à savoir si Cyrille Bolloré, le troisième fils de Vincent Bolloré, qui doit prendre prochainement les rênes de l’entreprise familiale aura les mêmes priorités existentielles.

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