Aucune sanction après la destruction de récifs proches de Curaçao

Deux plongeurs ramènent des morceaux de corail à leur position d'origine à la suite d'un accident survenu sur l'île de Curaçao par l'entreprise de construction néerlandaise BAM International en 2017. / RENCONTRES OCEAN
Deux plongeurs ramènent des morceaux de corail à leur position d’origine à la suite d’un accident survenu sur l’île de Curaçao par l’entreprise de construction néerlandaise BAM International en 2017. / RENCONTRES OCEAN

La pandémie semblerait presque derrière nous. Et cet été, les navires de croisière sont de retour à Curaçao. Les touristes atteignent l’île des Caraïbes, un territoire d’outre-mer des Pays-Bas, à travers deux grandes jetées. La seconde, Tula, a été construite en 2017 pour attirer environ un million de passagers par an.

L’entreprise néerlandaise BAM International, filiale de Groupe Royal BAM, sollicitée pour le projet, laissera de graves blessures à l’environnement local. Des dégâts, équivalents à sept terrains de football, sont à déplorer dans l’un des atouts les plus précieux du territoire : Sa frange récifale, qui fait le tour de presque toute la côte du pays. Et qui mettra deux décennies à se rétablir.

 

Flou sur le litige

Le gouvernement colonial n’a pour l’heure pas demandé de compensation à l’entreprise. Certains experts soulignent que l’absence de droit commun européen rend difficile le recours aux filiales dans ces affaires, en allongeant les délais et en augmentant le coût des litiges. Des sources de l’entreprise expliquent que les dommages ne se sont produits que dans la zone établie et que les autorités portuaires de Curaçao ont accepté de financer la construction et la gestion d’un parc marin à cet endroit.

Mais la Commission européenne veut changer les règles du jeu. La future directive sur la gouvernance d’entreprise durable visera à responsabiliser juridiquement les entreprises préjudiciables à l’environnement. Cependant, l’instance européenne a reporté au moins à l’automne l’approbation du projet. Cela en raison des protestations des pays craignant que cela ne soit trop envahissant dans la gestion de leurs entreprises.

Le retard est intervenu malgré l’approbation du Parlement européen en mars – à une large majorité – exhortant la Commission à approuver ces règlements dans les plus brefs délais.

 

Une protection essentielle

À ce sujet, la députée sociale-démocrate néerlandaise Lara Wolters, qui a présenté le texte de la résolution et a publiquement nié l’exemption de peine BAM, explique qu’une législation européenne commune éviterait des accidents comme celui de Curaçao.

C’est un exemple d’irresponsabilité incroyable. Nous voulons un changement culturel. Et lorsque le pire arrive, nous exigeons une responsabilité juridique des entreprises.

Une fois la règle adoptée, il sera plus facile de poursuivre les entreprises et d’obtenir une indemnisation.

Le biologiste marin Didier de Bakker affirme qu’il existe entre 60 et 70 espèces de coraux dans les Caraïbes. Les coraux sont essentiels pour la pêche, car ils soutiennent la biodiversité de la région. Mais aussi pour le tourisme qui contribue à hauteur de 18% du PIB national, selon le ONG Waitt. La destination est en effet prisée par de nombreux plongeurs.

Travaux de restauration des coraux endommagés à Curaçao.
Travaux de restauration des coraux endommagés à Curaçao.

Or, le centre de recherche Carmabi a souligné qu’à la suite des dommages causés par BAM, 33,2 % des colonies de coraux ont été endommagées. Dont quatre espèces menacées. Des pertes qui dépassent d’ores et déjà le demi-million d’euros.

À ce sujet, l’entreprise de construction néerlandaise a confirmé dans un courrier électronique qu’elle n’avait aucun litige devant elle concernant l’épisode corallien.

 

Un chantier pour l’avenir

Les récifs frangeants de Curaçao se trouvent le long de la côte et sont plus abondants que les récifs barrières ou les atolls. Alors que le récif de l’île est l’un des mieux préservés de la région en raison de la faible incidence des ouragans dans le sud des Caraïbes, la couverture corallienne a été réduite dans certaines zones de 34% à 16% en quatre décennies. Au cœur du problème ? Le tourisme et la croissance démographique qui ont créé une surabondance des nutriments dans l’eau.

Le plongeur espagnol Pol Bosch, qui se consacre à la restauration des coraux dans un parc marin de Curaçao, estime que ce qui doit changer, c’est le traitement de l’eau et les pratiques de pêche.

La perte de corail ne sera pas durable pour la planète. C’est pourtant là qu’il y a le plus d’échange d’oxygène et une source de nutriments pour nous.

Après avoir découvert les dommages causés au récif, Bosch et environ 50 bénévoles ont aidé à placer les spécimens d’accouchement.

 

Gâchis juridique

Au fil des années, les géants de l’entreprise ont profité de la faiblesse des systèmes juridiques des pays tiers en raison du coût élevé et de la durée des litiges. Ce fut le cas de la filiale nigériane de la compagnie pétrolière anglo-néerlandaise Shell, qui a saisi un tribunal néerlandais à La Haye de 13 ans pour condamner les marées noires dans le delta du Niger au Nigeria, survenus entre 2004 et 2007.

Plongeur avec corail sur l'île.
Plongeur avec corail sur l’île.

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