Guerre en Ukraine : Quelle situation, 100 jours plus tard ?

Il y a cent jours, avant le lever du soleil, la Russie lançait des frappes d’artillerie sur l’Ukraine. Avant d’envoyer ses troupes se précipiter vers les grandes villes. Le début d’une guerre contre un pays beaucoup plus petit, que l’armée semblait destinée à renverser rapidement. Et pourtant.

 

Une invasion brutale de l’Ukraine

Mais l’invasion brutale a anéanti ces prédictions, réveillant d’anciennes alliances et semant la mort et la destruction à travers le pays. Les deux armées sont désormais engagées dans des batailles féroces et sanglantes sur un front de plus de 960 km de long, pour le contrôle de l’est de l’Ukraine. Et pour prendre le dessus dans le conflit.

Le gagnant, s’il y en a un, n’est pas susceptible d’émerger même dans les 100 prochains jours, selon les analystes. Certains prévoient une lutte de plus en plus insoluble dans l’est de l’Ukraine. Et une confrontation croissante entre le président russe Vladimir Poutine et l’Occident.

De nouvelles armes occidentales promises à l’Ukraine, comme les missiles longue portée annoncés par le président Biden, pourraient l’aider à récupérer certaines villes. Une aide importante pour les civils de ces régions. Mais qui ne devrait pas modifier radicalement le cours de la guerre.

Pressée par le durcissement des sanctions occidentales, la Russie risquerait même de riposter par des cyberattaques, des campagnes d’espionnage et de désinformation. Et un blocus naval russe des céréales ukrainiennes, susceptible d’aggraver une crise alimentaire dans les pays pauvres.

 

La victoire sera à nous

affirme toujours le président ukrainien Volodymyr Zelensky. 50 ambassades étrangères ont déjà repris « leurs activités à part entière » à Kiev. Signe du retour fragile à la normalité dans la capitale.

Néanmoins, plus de trois mois après le début d’une guerre qui a déplacé plus de 12 millions de personnes et déclenché une crise humanitaire, les forces russes contrôlent désormais un cinquième du pays. Une superficie plus grande que les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg réunis.

Interrogé lors d’un briefing, Dimitri S. Peskov, le porte-parole présidentiel, a déclaré que de nombreuses zones peuplées avaient été « libérées » de l’armée ukrainienne, où soufflait encore selon lui l’esprit nazi. Un récit utilisé par le Kremlin pour justifier l’invasion.

Selon le Comité international de la Croix-Rouge en tout cas, l’invasion aurait causé des destructions « défiant l’entendement ». Plus de 4 000 civils ont été tués depuis le 1er février. Un nombre que les autorités ukrainiennes estiment beaucoup plus élevé.

La guerre a également déclenché le plus grand exode de réfugiés en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Plus de 8 millions d’Ukrainiens ont été déplacés à l’intérieur du pays. Et plus de 6,5 millions ont fui vers d’autres pays.

 

Une crise économique pour l’Ukraine

La moitié des entreprises ukrainiennes ont fermé. Au total, 4,8 millions d’emplois ont été perdus. L’ONU estime que la production économique du pays chutera de moitié cette année. 90% de la population risque de tomber près ou en dessous du seuil de pauvreté. Au moins 100 milliards d’euros de dommages ont également été causés aux infrastructures.

Nous n’avons peut-être pas assez d’armes, mais nous résistons,

a déclaré Oleh Kubrianov, soldat ukrainien ayant perdu sa jambe droite en combattant près de la ligne de front. Des éclats d’obus sont encore logés dans son cou.

Nous sommes beaucoup plus nombreux et nous sommes convaincus de notre victoire.

En effet, selon un sondage récent , près de 80 % des Ukrainiens penseraient que le pays « va dans la bonne direction ».

« L’idée de l’identité ukrainienne s’est élargie », observe Volodymyr Yermolenko, écrivain ukrainien. « Plus de gens se sentent ukrainiens. Même ceux qui doutaient de leur identité ukrainienne et européenne. »

 

De lourdes sanctions pour la Russie

Géopolitiquement isolée et confrontée à des années de dislocation économique, la Russie, elle aussi, souffre de l’invasion. Ses banques ont été coupées de la finance occidentale. Avec une production pétrolière déjà réduite de 15 %, elle perd des marchés énergétiques en Europe. Ses industries sont aux prises avec des pénuries croissantes de matériaux de base. De pièces détachées et de composants de haute technologie.

De grandes entreprises occidentales comme McDonald’s, Starbucks et Nike ont déjà disparu. L’impact sera moins perceptible en dehors des grandes villes… Mais avec le départ de près de 1 000 entreprises étrangères, certains consommateurs ont ressenti la différence. Les stocks se sont effondrés.

Un retour à l’ère soviétique, où les produits occidentaux étaient inexistants. Et un besoin urgent d’autonomie pour le pays.

Il sera difficile de faire marche arrière, même après la guerre.

La prochaine étape sera probablement un retour à une planification économique plus centralisée. Le gouvernement fixant les prix et prenant en charge l’allocation de certains biens rares, en particulier ceux nécessaires à la production militaire.

Cette guerre n’a et n’aura pas de vainqueur,

regrette Amin Awad, coordinateur de crise des Nations Unies pour l’Ukraine. « Au contraire. Nous avons été témoins pendant 100 jours de ce qui est perdu. Des vies, des maisons, des emplois et des perspectives. »

 
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