Les mesures russes en Ukraine perturbent les prix

La reconnaissance par la Russie de deux régions sécessionnistes dans l’est de l’Ukraine pourrait menacer d’importants investissements des géants pétroliers occidentaux. Et faire encore grimper les prix mondiaux de l’énergie au cours des prochaines semaines.

 

Vers une hausse du coût de l’énergie

Depuis les derniers jours de la guerre froide, l’économie russe basée sur l’énergie s’est mêlée à celle de l’Europe. Les sociétés énergétiques européennes telles que BP, TotalEnergies et Shell disposent d’opérations et d’investissements majeurs en Russie. Bien que l’expansion de ces avoirs ait été en grande partie interrompue après l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, elles restent d’importants centres de profit. Et pourraient désormais être menacées.

Cherchant à isoler le président russe Vladimir Poutine, le président Biden et l’Union européenne ont imposé mardi de nouvelles sanctions au gouvernement russe ainsi qu’à l’élite politique et commerciale du pays. Les mesures ne ciblent pas directement l’industrie de l’énergie. C’est pourquoi les prix du pétrole et du gaz ne se sont établis que légèrement plus haut mardi après-midi à New York.

Pour autant, les analystes ont déclaré que l’industrie de l’énergie pourrait encore être touchée si la crise se prolongeait. En particulier si Poutine décidait d’envoyer des troupes dans le reste de l’Ukraine. Ou de prendre le contrôle de la capitale, Kiev. Une telle action forcerait probablement Biden et d’autres dirigeants occidentaux à renforcer leur réponse.

Et les dirigeants européens visent déjà certaines exportations énergétiques russes. Le chancelier Olaf Scholz a déclaré mardi que l’Allemagne suspendrait la certification du gazoduc Nord Stream 2, censé livrer du gaz russe. La décision n’aura pas d’impact immédiat sur l’approvisionnement énergétique européen car le gazoduc n’est pas encore opérationnel. Mais les expéditions de gaz russe via l’Ukraine pourraient être interrompues. Surtout si les troupes de Poutine poussent plus loin en Ukraine.

Il faut dire que la Russie fournit un baril de pétrole sur 10 dans le monde. Et depuis le début de la crise, les prix du pétrole ont rapidement bondi, à près de 100 dollars le baril. Le plus haut niveau depuis plus de sept ans.

 

Dans cet environnement, le risque juridique auquel seront confrontées les sociétés énergétiques occidentales opérant en Russie augmentera fortement,

a déclaré Robert McNally, conseiller en énergie sous le président George W. Bush et président de Rapidan Energy Group. « Pour les marchés pétroliers, cela signifie une croissance plus lente de l’offre. Et des équilibres mondiaux encore plus serrés et des prix plus élevés dans les années à venir. »

TotalEnergies, basée près de Paris, détient près de 20 % de Novatek, la plus grande société russe de gaz naturel liquéfié. Tandis que Shell a conclu une alliance stratégique avec Gazprom, le monopole russe du gaz naturel.

Quant à BP, compagnie pétrolière la plus impliquée en Russie, les dirigeants ont jusqu’à présent exprimé leur calme.

Nous sommes là depuis plus de 30 ans. Notre travail consiste à nous concentrer sur notre entreprise, et c’est ce que nous faisons.

La plupart des compagnies pétrolières ont déclaré des bénéfices exceptionnels en raison de la hausse des prix du pétrole et du gaz. Les entreprises européennes utilisent une partie de leurs bénéfices pour investir davantage dans l’éolien, le solaire, l’hydrogène. Et d’autres formes d’énergie plus propres. Mais la crise actuelle pourrait être une distraction majeure, sinon pire.

Shell a déjà été forcé de céder le contrôle de son premier projet russe de gaz naturel liquéfié à Gazprom en 2006. L’entreprise conserve une participation modeste dans l’installation et semble vouloir garder la porte ouverte à davantage de projets en Russie. Avec quatre autres sociétés européennes, elle a aidé à financer le pipeline Nord Stream 2, estimé à 11 milliards de dollars.

Les perspectives des compagnies pétrolières occidentales cherchant à faire des affaires en Russie étaient toutefois beaucoup plus prometteuses par le passé. Le cours des actions de BP et de Total a d’ores et déjà clôturé mardi en baisse de plus de 2%. Et Shell d’environ 1%.

 

Selon Ben Cahill, analyste énergétique au Center for Strategic and International Studies, des sanctions plus sévères pourraient être à venir.

Il est possible que de nouvelles sanctions tentent d’empêcher la Russie de se lancer dans des domaines comme l’hydrogène qui font partie de sa diversification à long terme. Les sanctions pourraient rendre la vie difficile à des entreprises étrangères comme BP et Shell si elles ciblent le secteur des services pétroliers. Et bloquent les équipements dont elles ont besoin pour leurs opérations en Russie.

La Russie est le troisième producteur mondial de pétrole et le deuxième producteur de gaz naturel. Ainsi, toute crise l’impliquant est vouée à bouleverser les marchés de l’énergie et de l’économie mondiale.

En effet, près de 30 % des approvisionnements européens en gaz proviennent de Russie. La moitié des cinq millions de barils d’exportations quotidiennes de pétrole de la Russie sont destinés à l’Europe. Environ 700 000 barils par jour, bien plus modestes, vont aux États-Unis.

Les mesures agressives de Poutine en Ukraine pourraient toutefois se retourner contre lui… En érodant l’importance de la Russie en tant que fournisseur d’énergie pour l’Europe.

Nous allons voir davantage de mesures et politiques, et une augmentation des énergies renouvelables.

Pourtant, les prix du gaz en Europe sont environ quatre fois plus élevés qu’il y a un an. Obligeant les consommateurs et les entreprises à payer plus pour l’électricité et le chauffage. Et la possibilité de puiser dans les vastes ressources énergétiques de la Russie devient moins probable à chaque escalade.

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