Agnès Buzyn : mise en examen pour « mise en danger de la vie d’autrui »

Agnès Buzyn : mise en examen pour « mise en danger de la vie d’autrui »

Vendredi 10 septembre, la Cour de justice de la République a convoqué Agnès Buzyn . L’ancienne ministre de la santé qui était en place lors des prémices de la pandémie.

 

Crise exceptionnelle, conséquence exceptionnelle

D’autres convocations visent des membres actuels ou passés du gouvernement, comme l’ancien premier ministre, Edouard Philippe et Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, successeur de Mme  Buzyn . 

C’est une première judiciaire concernant la gestion gouvernementale de l’épidémie de Covid-19. Aucun autre pays, n’a mis en examen un ministre ou ancien du gouvernement .

Agnès Buzyn  est mise en examen pour « mise en danger de la vie d’autrui« . C’est une première en France. Ce délit est souvent réservé aux accidents de la circulation.

En 2020, Agnès Buzyn avait-elle les moyens de lutter contre le virus?  Après 10 h d’audition, les magistrats de la Cour de justice de la République (CJR) place Mme Buzyn comme témoin assisté.

Car apparemment, il n’existe pas suffisamment d’indices graves ou concordants qui puissent être retenus contre elle.

Avant son audition au tribunal, Mme Buzyn est très combative, elle déclare :

Aujourd’hui, c’est une excellente opportunité pour moi de m’expliquer et de rétablir la vérité des faits. Je ne laisserai pas salir l’action du gouvernement, mon action en tant que ministre. Alors que nous avons fait tant pour préparer notre pays à une crise sanitaire mondiale. Qui, je le rappelle, dure encore.

La France est le seul pays qui poursuit un ministre. Car la démocratie française  fonctionne.

 

Devrait-on aussi mettre en examen l’OMS ?

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, en mai 2017, Mme Buzyn était ministre des Solidarités et de la Santé. En janvier 2020, le monde commence à prendre peur après les informations alarmantes en Chine. 

On lui reproche alors de ne pas alerter le public. On lui reproche de s’être montrée rassurante face à l’arrivée du covid. Mais rappelons que le 10 janvier 2020, l’OMS disait que le virus ne se transmet pas par les humains. 

Les données factuelles alors disponibles laissent penser qu’« il n’y a pas de transmission interhumaine  ou que celle-ci est limitée. 

Et 3 jours plus tard, le 14, l’OMS fait un tout nouveau communiqué :

Il pourrait y avoir une transmission interhumaine limitée du coronavirus (dans les 41 cas confirmés), principalement entre membres d’une même famille. Et il existe un risque d’épidémie de grande ampleur.

Ce qui était vrai le matin, était faux le soir. Les organisations officielles ou encore les scientifiques n’avaient aucune certitude. Tout le monde nageait dans le flou et les convictions.

Elle est mal dans sa vie au moment où la crise du covid arrive. La crise de l’hôpital dure depuis un an. Mme Buzyn frappe à Matignon qui n’entend rien. Elle ne veut plus être ministre de la santé et se présente donc au municipale. Elle, qui est issue du milieu médical, voit tous ses confrères lui tourner le dos.

Sa gestion de la crise a-t-elle été prise à la légère? Elle n’a peut-être pas été à la hauteur en disant en janvier 2020 que le risque de contamination était faible.

 

Mme Buzyn devant la justice: le seul moyen d’obtenir la vérité

Selon François Molins, le procureur général de la Cour de cassation, la cour aurait reçu 14 500 plaintes liées au Covid-19. Or seules 16 sont retenues.

N’importe qui peut saisir la cour de justice. Cependant, il y a des filtres, et au bout, des mises en accusation. Ces plaintes portent surtout sur la gestion des masques. 

Rappelons que Mme Buzyn est présumée innocente.

C’est bien qu’il y ait un contrôle, mais attention à la judiciarisation de la vie politique. Il s’agit d’une affaire politique. Début 2020, personne ne pouvait savoir qu’il y aurait une pandémie qui commençait. Il s’agit plus de faute politique que de faute judiciaire.

Les politiques sont redevables devant les citoyens. Effectivement, ils les jugent devant les urnes. Cependant doivent-ils l’être devant les juges pour une affaire de gestion et de politique ? Ont-ils le droit de mal faire ? 

Dans le cas de Mme Buzyn, ses erreurs sont-elles politiques ou judiciaires ?

Il s’agit ici d’une appréciation de la manière dont la crise a été gérée politiquement. Et non du non respect de la loi.

Une enquête redonne confiance en la justice. Mais ce sera difficile de connaître la vérité.  

 

L’État, tout comme Mme Buzyn, doit-il rendre des comptes ?

La gestion des masques est au centre de l’affaire. Le gouvernement, dont Mr Véran, a fait une énorme faute en disant que les masques ne servaient à rien. D’où ce procès pour « mise en danger des personnes ».

Toutes ces plaintes ne vont-elles pas devenir un frein aux décisions du pouvoir ?

Le procès répond à un esprit de rébellion de la population insatisfaite des mesures anciennes et actuelles sur la gestion de la crise.

 

La judiciarisation de la vie politique

La judiciarisation de la vie politique n’est-elle pas dangereuse? Elle risque de changer la façon de faire de la politique. Ça ne contribue pas à la sérénité. Attention à l’instrumentalisation !

Cependant, il faut un cadre pour faire respecter les lois et rendre des comptes. 

Les politiques risquent tous de sortir leur parapluie. Tout le monde risque d’avoir peur et d’être tétanisé. Donc ne plus oser prendre de décision.

Agnès Buzyn :

Il ne faudra pas s’étonner si plus personne ne veut s’engager en politique ou si personne veut devenir ministre.

 

L’affaire Buzyn est-elle une mauvaise nouvelle pour Macron ?

Le procès d’Agnès Buzyn est un caillou dans la chaussure du gouvernement En Marche. Il perturbe la campagne présidentielle. En effet, cette mise en examen rappelle la mauvaise gestion de la crise. Il réveille les fautes de gestions ou de décisions.

Cela tombe au mauvais moment pour la campagne présidentielle de Mr Macron. 2022 se jouera sur l’insécurité mais aussi sur la crise sanitaire.

À ce jour, le président Emmanuel Macron n’a pas encore réagi.

 

 

Rupture du "contrat du siècle" avec l'Australie

Rupture du « contrat du siècle » avec l’Australie

Une nouvelle boulette pour Sandrine Rousseau

Une nouvelle boulette pour Sandrine Rousseau