Elections présidentielle : Le débat sur l’islam et le voile

Au lendemain du débat d’entre deux tours, la question du port du voile reste centrale et continue de diviser. Présente à Pertuis la semaine dernière pour poursuivre sa campagne, Marine Le Pen s’est vue confrontée par une femme musulmane portant un hijab bleu et blanc.

 

Que fait le voile en politique ?

Ainsi la question a été posée à la candidate d’extrême-droite. Marine Le Pen a juré d’interdire le port du foulard en public si elle est élue au second tour. Il s’agit, selon elle, « d’un uniforme islamiste », ou d’un signe d’adhésion à une interprétation extrémiste et anti-occidentale de la foi musulmane.

La femme qui s’est heurtée à Le Pen n’avait toutefois rien à voir tout cela. Son choix de porter le voile a été fait, dit-elle, par conviction lorsqu’elle est devenue grand-mère. Le Pen a cependant insisté sur le fait que, dans de nombreux quartiers français, les femmes qui ne portaient pas de voile étaient isolées et jugées.

Et dans le pays qui compte la plus grande population musulmane d’Europe occidentale, la question du voile est d’importance. La France entretient des relations difficiles avec l’islam en raison de son histoire coloniale en Algérie. Et des attentats terroristes djihadistes qui ont marqué son sol ces dernières années. Tandis que Le Pen et Macron s’affrontent dans une course serrée, la liberté religieuse, en particulier pour les musulmans qui représentent environ 8 % de la population, est devenue une question centrale.

En dépit de ses critiques répétées du projet de Marine Le Pen, Macron a lui aussi provoqué la colère de certains membres de la communauté musulmane. En cause notamment ? La législation visant à lutter contre le séparatisme islamiste. Cette loi, adoptée l’année dernière, a été utilisée pour fermer certaines mosquées et associations islamiques accusées de favoriser le radicalisme. Une manière d’attirer les électeurs de droite dans son camp centriste.

Macron, dont l’avance dans les sondages s’est légèrement creusée la semaine dernière à 53,5% contre 46,5 % pour Le Pen, a eu sa propre confrontation avec une jeune Française portant le hijab lors d’une escale électorale à Strasbourg.

 

Êtes-vous féministe ? Êtes-vous pour l’égalité des femmes et des hommes ?

La femme a répondu oui aux deux questions et a déclaré que son foulard avait été choisi et non imposé. Macron, faisant allusion à Le Pen, a affirmé que c’était là « la meilleure réponse à toute la stupidité entendue sans cesse. »

Au premier tour, environ 70 % des musulmans français ont voté pour Jean-Luc Mélenchon, le candidat d’extrême gauche. La destination de ces votes est désormais importante.

La France, en tant que République laïque, se doit d’être une société non discriminatoire où les gens sont libres de croire, ou non, en n’importe quel Dieu. Pourtant, le débat sur l’islam divise. La présence musulmane croissante étant considérée par l’extrême droite comme une menace mortelle pour l’identité française.

Depuis 2011, il est illégal de porter un niqab couvrant le visage ou une burqa couvrant tout le corps en public. Mais le voile n’est pas interdit. Les lois françaises interdisent également le port de symboles religieux ostentatoires dans les écoles. Par les élèves comme par les fonctionnaires. Quant à savoir si les parents accompagnant les voyages scolaires devraient être autorisés à porter le voile, deux camps s’affrontent encore.

Récemment, Macron avait accusé Le Pen de bafouer les principes de laïcité et la Constitution elle-même avec ce projet d’interdiction du voile. Dans une interview accordée à la radio Franceinfo, il a déclaré qu’elle devrait également interdire le port de la kippa, de la croix et d’autres symboles religieux en public. Sous peine de faire de la discrimination entre les croyants.

« Le foulard est en réalité un uniforme islamiste, » a rétorqué Marine Le Pen. « Ce n’est pas un uniforme musulman, et cela fait toute la différence. C’est l’uniforme d’une idéologie, pas d’une religion. »

La candidate s’est toutefois radoucie, en affirmant que la question était complexe. Et que sa proposition d’interdiction serait débattue à l’Assemblée nationale.

 

Quel impact dans les sondages ?

Si de tels propos éloignent les électeurs musulmans de Le Pen, rien ne garantit qu’ils les conduiront à soutenir Macron au second tour. De nombreux électeurs de Mélenchon au premier tour ont déclaré qu’ils s’abstiendraient le 24 avril.

Des Françaises ont été « punies » ces dernières années pour un simple foulard, sans qu’aucun dirigeant ne daigne dénoncer cette injustice,

a reproché Sara El Attar, fondatrice de Hashtag Ambition, à Macron lors d’un récent débat radiophonique.

Envenimant davantage le débat sur la liberté religieuse, Le Pen a promis d’interdire l’abattage rituel des animaux nécessaires à la production de viande halal et casher. Une proposition rejetée par Macron, car présageant une France où les musulmans et les juifs ne pourraient pas manger comme leur religion l’exige.

Dans une déclaration commune la semaine dernière, Haïm Korsia, grand rabbin de France, et Élie Korchia, président du Consistoire central israélite, ont déclaré qu’une telle mesure serait, pour les juifs comme pour les musulmans, « une atteinte grave à la libre pratique de religion qui est un fondement de notre Constitution. » Ils ont alors exhorté les électeurs à soutenir Macron.

Mohammed Moussaoui, président de l’Union des mosquées françaises, a déclaré que l’abattage rituel était « un aspect de la liberté religieuse » garanti par la Constitution. Tout en condamnant Le Pen, lui, n’a donné aucune consigne de vote.

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