Marine Le Pen peut-elle bouleverser les élections françaises ?

C’est pour Marine Le Pen une troisième tentative dans la course à la présidence. Présente le mois dernier à Stiring-Wendel, ancienne ville minière en difficulté, la candidate d’extrême-droite a réussi le tour de force d’impressionner son auditoire, en s’intéressant notamment à la hausse du coût de la vie. Les électeurs en sortant ont estimé qu’elle était devenue « moins extrême ». « Plus mature et sûre d’elle. » 

 

Elle s’est adoucie, elle est plus posée, plus calme, plus sereine

assure Yohan Brun, 19 ans. L’étudiant qui a grandi à Stiring-Wendel était venu écouter Marine Le Pen parce qu’« elle se soucie plus des Français que des autres candidats. »

Tout aussi important, la candidate a consciemment poncé les aspérités de sa personnalité. Une sorte de relooking, aspect d’une stratégie longue et délibérée pour se dédiaboliser, elle-même et son parti. Et finalement gagner la présidence française. Si l’effort reste peu convaincant pour beaucoup de ceux qui la considèrent comme un loup déguisé en mouton, elle profitera néanmoins d’une poussée de dernière minute dans les sondages avant les élections. Ce qui n’est pas sans inquiéter le camp de Macron.

Marine Le Pen apparaît plus sympathique qu’Emmanuel Macron,

a déclaré Pierre Person, député national du parti du président. Pour lui, c’est certain, la candidate pourrait tout à fait l’emporter.

Il faut dire que Le Pen a appris à parler directement aux Français de la classe ouvrière, en mettant en avant une vie simple, pas si différente de celle menée par ses propres partisans. Reste à savoir si elle sonne faux, ou si elle paraît crédible. Et pour Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire de la politique radicale et expert, elle est incontestablement crédible.

 

Des électeurs convaincus

Beaucoup de gens ont peur lorsqu’on leur dit qu’ils vont quitter l’Union Européenne. L’abandon du projet a rassuré bon nombre d’électeurs. 

Une position adoucie, renforcée par le contraste créé par la candidature d’Éric Zemmour, qui a davantage frôlé avec l’extrême. Le Pen est même parvenue à se repositionner en se montrant ferme contre l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Et sympathique envers les réfugiés fuyant la guerre. Oubliée la précédente proximité avec le président Vladimir Poutine. 

Entre deux candidats d’extrême-droite, Marine Le Pen est apparue comme la plus acceptable. La candidate a abandonné son opposition à la double nationalité, position centrale de longue date de l’extrême droite. Elle parle encore toutefois de complexifier l’accès à la France. De réserver les services sociaux aux Français. De réduire les impôts en coupant certains services aux immigrés. Un moyen d’élargir sa base électorale tout en gardant l’essentiel de son programme.

Des changements qui marquent toutefois une vraie évolution pour Le Pen et son parti, longtemps identifié à son père Jean-Marie Le Pen. À l’époque, la candidate était considérée comme une « machine de guerre ». Une « idéologue inhumaine ». Elle et ses frères et sœurs avaient pourtant souffert de la carrière politique de leur père.

 

Une Marine Le Pen plus humaine

Poussée par ce positionnement nouveau, la candidate s’est davantage livrée au fil de ses apparitions. Sur la perte d’amis, dont les parents refusaient de les laisser jouer avec une Le Pen. Sur le regret de n’avoir pas pu poursuivre une carrière juridique, à cause de son seul nom.

Ses relations restent compliquées avec son père qui, l’an dernier, a flirté publiquement à l’idée de soutenir Zemmour. L’ancien candidat du Front National s’est même remarié lors d’une cérémonie religieuse que Marine Le Pen n’a appris que par les médias.

Et es critiques positives ne se sont pas faites attendre. La candidate semble à l’aise, allant même jusqu’à révéler qu’elle est célibataire depuis trois ans. Et qu’en tant que présidente, elle vivrait à l’Élysée accompagnée de ses chats.

 

 

Entre coût de la vie et sécurité

Stiring Wendel est devenu un bastion d’extrême droite après la fermeture des mines de la région, il y a plus d’une génération. Là-bas, on regrette encore la vie avec les mines. Le départ des jeunes. Le licenciement des mineurs. La fermeture progressive des commerces. 

L’accent mis par Le Pen sur les problèmes de portefeuille est un pari qui a porté ses fruits. Son parcours électoral s’est intéressé avant tout à l’économie, la hausse du coût de la vie et l’affaiblissement du pouvoir d’achat des électeurs. Des questions d’importance, alors que les prix du carburant ont grimpé avec la guerre en Ukraine.

Je serai la présidente de la vraie vie. Et, surtout, de votre pouvoir d’achat.

Fait révélateur cependant, les applaudissements les plus forts sont venus, à Stiring Wendel, après ses quelques mots sur « l’immigration anarchique qui alimente le crime et ruine nos services sociaux. Tout en mettant la France en danger de sécession interne et de discorde civile. »

Du racisme pur et dur pour Vincent Vullo, rare partisan de Macron venu l’écouter ce jour-là. Et la preuve qu’elle n’avait pas vraiment changé.

C’est une menteuse. Elle veut nous faire croire qu’elle est plus modérée et moins raciste qu’avant. C’est juste qu’elle essaie d’entrer dans le deuxième tour

Revenant au coût de la vie, Marine Le Pen rappellera enfin en avoir fait publiquement sa priorité dès l’automne. Là où d’autres avaient traité le sujet de manière sarcastique et fait appel à des cabinets de consultation aux tarifs exorbitants.

Le peuple doit se soulever contre le bloc des élites. Contre l’oligarchie personnifiée par Emmanuel Macron. Nous vaincrons.

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