Les partis politiques traditionnels sont-ils morts en France ?

Depuis les années 1950, les partis traditionnels de gauche et de droite français ont fourni les trois quarts des présidents du pays. Et la quasi-totalité de ses premiers ministres.

Le Parlement a également basculé de l’un à l’autre en alternant des vagues de rose, couleur associée au Parti socialiste, et de bleu, représentant le principal parti conservateur. Connu aujourd’hui comme de Les Républicains. Pourtant, lors de l’élection présidentielle du mois dernier, les candidats des deux partis se sont effondrés.

 

Zoom sur les suffrages

Au premier tour de scrutin, Anne Hidalgo, la candidate socialiste, n’a obtenu que 1,75 % des voix. Valérie Pécresse, candidate républicaine, a obtenu 4,78 %, bien moins que François Fillon qui avait obtenu 20,01 % en 2017, même après le scandale lié à sa femme, Pénélope Fillon.

Hidalgo et Pécresse ont ici été éliminées sans ménagement de la course. Le président Emmanuel Macron, dont le parti centriste a été créé il y a tout juste six ans, a ensuite affronté Marine Le Pen, et a remporté un second mandat.

L’effondrement brutal des socialistes et des républicains a marqué le point culminant d’une spirale descendante. 

L’ancienne division gauche-droite a cédé la place à un nouveau paysage, scindé en trois grands blocs. Le large centre pro-mondialisation de Macron est désormais flanqué de forces radicales. A droite, Le Pen et sa politique nationaliste. A gauche, Mélenchon, qui défend les politiques menées par l’État contre les règles de l’UE et le marché libre.

Et beaucoup se demandent maintenant ce qu’il restera des anciens partis politiques.

 

Avant, il y avait la gauche, la droite. C’était plus clair,

songe Jeanette Brimble, 80 ans, interrogée dans une étroite rue pavée d’Aix-en-Provence. Pendant des décennies, elle a voté pour les conservateurs traditionnels. Cette fois, ravie du virage à droite de Macron, elle a voté pour lui.

Mais pour Jeanette, la chute des partis traditionnels, est « un peu dérangeante pour [sa] génération. »

En 2017, la première élection de Macron a porté un premier coup au système, en brisant la gauche. Avec la dernière élection présidentielle, c’est aussi la droite qui ressent les dégâts.

Macron devrait rester en fonction jusqu’en 2027, la loi française limitant les présidents à deux mandats consécutifs. Après cela, on ignore si les partis traditionnels pourront rebondir.

Pour Dominique Reynié, analyste politique à la tête de la Fondation pour l’innovation politique, un départ le Macron « donnerait aux partis traditionnels de gouvernement une chance de se remettre dans le jeu. »

Mais certains misent plutôt sur la volatilité.

Je ne crois pas que les partis traditionnels vont renaître sur les cendres de La République en marche,

admet Martial Foucault, directeur de l’Institut de recherche politique CEVIPOF à Sciences Po Paris. « Dans la politique française de plus en plus axée sur la personnalité, les électeurs désabusés pourraient passer d’un leader charismatique à un autre, quelle que soit leur affiliation à un parti. Les citoyens veulent de l’efficacité. Ils sont donc sujets à ces mouvements électoraux, laissant effectivement le système dans une turbulence totale. »

A Aix-en-Provence qui a longtemps penché à droite, l’effondrement a été saisissant. Il y a cinq ans, Fillon y est arrivé premier avec 27,45 % des voix. Le mois dernier, Pécresse est arrivée sixième avec 5,5 %.

À l’échelle nationale, l’institut de sondage Elabe a constaté qu’environ un tiers de ceux qui avaient voté pour Fillon en 2017 avaient choisi Macron cette fois. Contre seulement un quart pour Pécresse.

 

Des soucis financiers pour aggraver l’embarras

Ce qu’il faut savoir, c’est que les candidats à la présidence peuvent obtenir le remboursement de leur campagne par l’État, à hauteur de 8 millions d’euros maximum. Mais le montant est bien inférieur, 800 000 euros, s’ils obtiennent moins de 5 % des voix.

Les partis traditionnels ont longtemps considéré ces 5% comme une barre basse, leur permettant de contracter des prêts. Avec l’assurance qu’une grande partie de leurs dépenses serait remboursée. Mais Pécresse, aujourd’hui endettée de 5 millions d’euros, a été contrainte de lancer un appel aux dons.

L’enjeu est la survie des Républicains, et au-delà, la survie de la droite républicaine.

Jusqu’à présent, elle a collecté 2 millions d’euros.

Les socialistes et les républicains n’ont pas réussi à capitaliser sur la colère contre Macron, qui a courtisé les électeurs avec de vastes promesses mais dont le premier mandat a été source de division. Les partis traditionnels ont eu du mal à aborder des questions telles que l’immigration, la sécurité, les inégalités ou le changement climatique, selon les experts. En partie parce que Macron a fait siennes nombre de leurs préoccupations, notamment à droite.

Alix Fabre, qui a voté pour Fillon en 2017 avant de se tourner vers Macron, a déclaré que les politiques pro-entreprises du président et celles de la droite dominante se ressemblaient.

La plupart des gens autour de moi sont de droite et ils ont rejoint Macron.

 

Un échec constant et durable à représenter le conflit social

Les experts voient également une déconnexion plus profonde, affirmant que les deux partis sont devenus complaisants, avec la conviction que leur tour au pouvoir reviendrait toujours. Focalisés sur les querelles internes, ils ont perdu le contact avec les citoyens ordinaires, échouant à exploiter des mouvements comme les manifestations des gilets jaunes. Ils ont également été incapables d’offrir des alternatives convaincantes à des forces plus radicales comme celle de Le Pen.

Des partis qui n’ont pas compris ce que les citoyens leur demandent, en termes de renouvellement de leurs programmes et de leur idéologie.

Mais Macron et Le Pen ont aussi leurs problèmes. Rares sont ceux qui voient La République en marche survivre aux ambitions politiques de Macron. Le Rassemblement national est quant à lui marqué par huit défaites aux élections présidentielles.

Pour Corinne Narassiguin, haute responsable socialiste, les résultats désastreux de son parti au niveau national marquent « la fin d’un cycle » qui a commencé en 2017. Après quoi le parti a été contraint de vendre son siège dans un quartier huppé de Paris et de déménager au banlieue.

Les électeurs ont clairement indiqué que nous ne sommes plus en mesure de leur dire pourquoi ils devraient voter pour les socialistes au niveau national.

Il y a moins ce sentiment d’appartenance, cette logique de donner automatiquement son vote à un parti. Les partis traditionnels se bousculent maintenant pour renforcer leur soutien avant les élections législatives de juin. Mais les deux font encore face à de sérieux défis.

Les électeurs voir les choses changer. Mais peut-être, les partis traditionnels ne sont-ils plus la solution ?

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