Le film Happening présenté en France

Âmes sensibles s’abstenir. Happening, le film d’Audrey Diwan, nous fait revivre un avortement clandestin effectué en France dans les années 1960. Résultats, plusieurs évanouissements parmi les spectateurs, notamment à la Mostra de Venise en septembre dernier, où le film a remporté le Lion d’or.

 

Du film à l’expérience

Ce sont souvent les hommes qui disent que l’expérience les a poussés à la limite de ce qu’ils pouvaient supporter,

a déclaré Diwan dans une récente interview. « Ils n’avaient jamais imaginé à quoi cela pourrait ressembler. »

Sorti aux États-Unis le 6 mai, Happening a touché la corde sensible des téléspectateurs du monde entier. Et a également alimenté des débats plus larges en France autour de la perception de l’avortement. Le film est basé sur une expérience réelle, celle de l’auteure française Annie Ernaux, qui a relaté son avortement de 1963 dans un livre du même nom, publié en 2000. À l’époque, mettre fin à une grossesse était illégal en France. Et cela le restera jusqu’en 1975.

Si la légalisation de l’avortement n’est pas menacée en France, comme elle semble l’être de nouveau aux Etats-Unis, Happening a conduit des artistes et des militants à s’exprimer sur le tabou qui, selon eux, entoure toujours la procédure.

 

Un parcours du combattant

Le délai pour les Françaises qui choisissent d’interrompre une grossesse pour des raisons non médicales est assez long. Emmanuel Macron s’est d’abord opposé à l’allongement du délai légal adopté par le Parlement en février. Avant d’accepter la nouvelle loi en déclarant, lors de la campagne électorale de mars, que l’avortement était « toujours une tragédie pour une femme. »

« Il y a cette honte sociale construite que les femmes sont censées ressentir, » poursuit Diwan. « Et le sentiment que, si nous en parlons, nous prenons le risque de remettre en cause ce droit, qui finalement n’est jamais assuré. »

En réponse à Happening, en décembre dernier, le magazine féministe français Causette a consacré sa couverture aux témoignages de 13 célébrités. L’auteure Pauline Harmange, qui s’est fait connaître à l’échelle internationale l’année dernière avec son premier livre « Je déteste les hommes », a également publié en mars un essai sur sa propre expérience, « Avortée. »

Elle y décrit la douleur et la solitude ressenties après son avortement en 2018. Moins à cause de la procédure médicale, et plus à cause de l’attente de la société que les femmes passent rapidement à autre chose. 

Puisque l’avortement est censé être plus facile d’accès en France, on a le sentiment ici que le problème est résolu.

Ce qui est loin d’être le cas. La sociologue Marie Mathieu, qui a étudié l’avortement en France, a souligné que « les inégalités régionales et sociales » restreignaient l’accès à la procédure pour les femmes. Il est encore courant pour les femmes de se rendre aux Pays-Bas ou en Espagne pour se faire avorter plus tard. Un voyage qui a un coût financier, et peut lui-même être traumatisant.

 

La parole libérée ?

Pour Diwan, l’obtention du budget pour réaliser Happening n’a pas été facile. « Pourquoi maintenant ?, me répétait-on. La loi a été votée en France. »

Nous avons clairement senti que certains producteurs étaient anti-avortement.

Et même après avoir travaillé sur Happening pendant trois ans, Diwan tarder à se confier publiquement sur son propre avortement. Ce n’est qu’après avoir entendu Anna Mouglalis, la sévère avorteuse de son film, évoquer la sienne lors d’une conférence de presse à la Mostra de Venise qu’elle se décidera à le faire.

Les vestiges de cette honte avaient toujours un effet sur moi.

Pour Mouglalis, ce rôle de l’avorteuse lui a immédiatement semblé important. L’avortement fut très tôt un sujet de conversation dans sa famille, son grand-père maternel ayant été infirmier et ayant pratiqué l’avortement illégalement pour aider les femmes.

Alors Mouglalis a fait des recherches approfondies avant le tournage. Elle apportera une collection de spéculums sur le plateau, après avoir recherché de véritables instruments d’époque. 

Le résultat, c’est une scène filmée en un seul plan de quatre minutes, où les gestes de Mouglalis auront été soigneusement chorégraphiés pour se rapprocher d’une procédure réelle.

Je voulais rendre hommage à ces femmes qui existent encore, partout.

Dans les nombreux pays où la procédure est illégale, des avortements ont toujours lieu.

Partager leurs histoires d’avortement aura été une expérience libératrice pour Diwan et Harmange. Depuis la sortie de Happening, Harmange a reçu de nombreux messages de femmes souhaitant partager leur propre expérience.

Cela a un effet guérisseur. Et c’est précisément ce qui manque.

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