Tour de France d’un jeune médecin : « Les Déserts Médicaux »

Tour de France d'un jeune médecin : « Les Déserts Médicaux »

Pour son dernier jour sur la presqu’île normande du Cotentin, un des déserts médicaux. Le Dr. Martial Jardel sort de son camping-car. Enfourche sa moto noire.

Il met son casque et démarre le moteur. Il est prêt à prendre la route le long de la Manche pour rendre visite à son premier patient.

 

Son premier patient de la journée: Michel Piquot

Michel Piquot, 92 ans, se tient sur le pas de sa porte en chaussons bleus, attendant le médecin avec impatience.

Le docteur Jadel arrive enfin chez son patient, dans une maison à étage. Il hausse la voix pour demander à son patient qui est malentendant, M. Piquot, : « À quand remonte le dernier test sanguin  ? »

M. Piquot est un ancien employé d’une compagnie d’aviation.

« Je n’en ai aucune idée », répondit-il en regardant le jeune médecin les yeux vides. « Je vous le dis, c’est l’enfer de vieillir. »

Un « tour de France des remplacements » dans les déserts médicaux

En mars, le Dr. Jardel âgé de 30 ans, jeune diplômé, s’embarque pour un « Tour de France » de cinq mois. Mais contrairement à la course cycliste populaire, son voyage le conduit dans les « déserts médicaux » de la France.

Beaucoup de régions souffrent d’une pénurie de médecins. C’est pour cela, que le Dr. Jardel est bien d’autres sont surmenés. Ces nouveaux diplômés remplacent pendant quinze jours les médecins qui prennent enfin des vacances.

Au cours des derniers mois, le Dr. Jardel a parcouru plus de 4 500 km avec son camping-car. Il  partage son expérience, « le tour de France des remplacements » sur son site internet. Et a plus de 1 500 abonnés sur Instagram.

Ceci dans l’espoir de changer l’état d’esprit des jeunes médecins, souvent réticents à s’installer dans des zones rurales. Pourtant pleines de patients, mais qui n’ont pas l’attrait des grandes villes.

 

Sept millions de personnes vivent dans des déserts médicaux

Malgré le système de santé français de renommée mondiale, environ sept millions de personnes vivent dans des zones où l’accès à un médecin est limité. Soit 11,1 % de la population française, selon une récente enquête publié par la Mutualité Française, syndicat professionnel de premier plan des mutuelles de santé.

Pire encore, les professions médicales et pharmaceutique sont confrontés à une vague importante de départs à la retraite en France au cours de la prochaine décennie. Car l’âge moyen des médecins était déjà de 52 ans en 2015.

La Normandie est l’une des régions les plus durement touchées par la pénurie de médecins, selon un récent rapport du Sénat français, notamment dans le Cotentin, où 40 % des médecins ont déjà plus de 60 ans.

 

« Il faut agir vite »

« Il faut agir vite », déclare David Margueritte, président de l’Autorité de tutelle du Cotentin.

 Un territoire ne peut pas être attractif à long terme s’il n’y a pas de possibilité de se faire soigner.

Pour la sixième phase de son road trip médical, après s’être arrêté dans le Centre, l’Est et le Nord de la France, le Dr. Jardel remplace Mathieu Bansard, 32 ans, médecin généraliste aux Pieux. Ville de 3 000 habitants, dans le Cotentin où la rue principale est un méli-mélo de cottages en pierre et de commerces modernes, dont une boulangerie, une crêperie et un coiffeur.

Je voulais qu’il comprenne que même ici, nous pouvions avoir des conditions de travail et de vie optimales.

 a déclaré le Dr. Bansard. « Ce n’est pas parce qu’on est à la campagne que ça pue ! »

Plus de 30 personnes, dont des sages-femmes et des psychologues, travaillent dans le centre de santé où exerce le Dr. Bansard. Située à une centaine de kilomètres d’Omaha Beach, elle fait exception à la presqu’île du Cotentin, qui souffre d’une pénurie de spécialistes comme les dentistes. Seulement 33 dentistes pour 100 000 habitants.

Les médecins des Pieux ont déjà entre 1 800 et 2 200 patients chacun. Alors que la moyenne nationale est d’environ 900. De ce fait, les nouveaux arrivants ne  trouvent pas de médecin traitant.

Le temps d’attente est très long. Pour voir un ophtalmologiste, il faut attendre au moins six mois, mais quand je vivais à Paris, c’était beaucoup plus rapide. « 

 

Le Coronavirus aggrave les problèmes

Après une matinée de visites à domicile et de consultations, Dr. Jardel roule sur sa moto pour se rendre dans une maison de repos locale. Après huit minutes de route sur la côte normande, il rencontre Natacha Carlat, une infirmière qui l’emmène auprès de deux patients âgés. La pandémie de coronavirus aggrave les problèmes de personnel déclare-t-elle.

« Nous ne nous arrêtons jamais », déclare M. Carlat. « Beaucoup de médecins arrivent et repartent, parce que, comme nous, ils courent après le temps. »

Pour remédier à la pénurie de médecins dans certaines régions, le gouvernement français a tenté d’augmenter l’offre l’an dernier, en supprimant le  fameux Numérus Clausus. C’est-à-dire le plafond du nombre d’étudiants en médecine. Mais le fossé entre les zones urbaines et rurales se creuse de jour en jour.

Selon le rapport du Sénat sur les déserts médicaux, il y a environ 400 médecins généralistes et spécialistes pour 100 000 habitants à Paris et sur la Côte d’Azur, et la moyenne nationale n’est que de 340 environ.

 

Les villes moyennes cherchent à attirer de jeunes médecins

Les autorités locales cherchent à attirer de jeunes médecins dans les zones rurales qui sont désormais délaissées. Ils proposent des incitations financières. Par exemple, la prise en charge des frais de scolarité des nouveaux diplômés.

C’est une offensive de charme

déclare M. Margueritte, responsable du Cotentin. Qui espère que les jeunes diplômés tomberont sous le charme de sa région.

Pour certains, le charme semble effectivement opérer.

Axel Guérin, 25 ans, médecin stagiaire à l’Université de Caen qui travaille au centre de santé des Pieux, déclare qu’il envisageait de rester dans la région après ses six mois d’internat.

 

Fin du tout de France des déserts médicaux

Mais le Dr Jardel, le médecin itinérant, n’a pas été séduit

« J’accepte la vie rurale, mais m’installer ici pour les 30 prochaines années, je ne peux pas. »

a-t-il admis.

Il a rangé sa moto dans son camping-car et a contourné le Mont Saint-Michel pour rejoindre la prochaine étape de son voyage : La Bretagne.

Le jeune docteur a déjà pensé à un nouveau projet : créer une association pour inciter d’autres jeunes médecins à découvrir des territoires mal desservis.

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